Considérations sur le prix des accordéons diatoniques.

Il est souvent difficile de comparer les prix des instruments. Comment se faire une idée de la qualité de l’instrument que l’on désire acheter, quel est son prix réel lorsqu’on voit des « promotions », des « remises » à chaque occasion ou festival ? Voici quelques pistes pour faire le tri.

Un accordéon a un prix, qu’il est relativement facile de définir. Ce prix englobe :

  • La conception : temps d’étude, prototypes
  • La fabrication
    • Le prix des matières premières : bois, métaux, cuir, tissus, plastiques, colles, vernis, placages, cire, visserie (et le coût de leur stockage, transport)…
    • Le prix des fournitures semi-élaborées : pièces métalliques estampées ou découpées, filets de marqueterie, soufflets, anches, boutons, accastillage…
    • Le prix des fournitures : courroies, caisses et housses…
    • Le prix des charges : loyers de l’atelier et amortissement des machines, électricité, consommables d’atelier, les taxes dont la TVA…
    • La main d’oeuvre.
  • Le stockage, la publicité, les expositions, l’espace de vente…

Lorsqu’un artisan ou une petite fabrique fait une série d’instruments, les coûts baissent. Par contre, les pièces uniques ou demandes spéciales d’un client coûtent toujours plus cher à fabriquer.
De même, les fabricants d’anches d’accordéon travaillent sur des séries de jeux d’anches, et lorsqu’il faut faire un jeu d’anches unique (différent des jeux standard) son prix double parfois.

Parlons maintenant de la partie « distribution » de l’instrument :

  • Un fabricant, un petit artisan comme moi qui n’a pas de revendeurs : en général, il a un tarif qui correspond à un calcul simple : prix des composants de l’instrument, fournitures, conception, charges + coût de main d’oeuvre = prix hors taxes de l’instrument.
  • Un gros fabricant, une manufacture avec pas mal d’ouvriers qui vend via un réseau de revendeurs a deux tarifs : la vente en gros à un revendeur (au prix de fabrication), et un prix de vente en direct. Au prix hors taxes de l’instrument comme calculé ci-dessus s’ajoute la marge accordée au revendeur, qui doit aussi gagner sa vie. Le prix pratiqué « en direct » chez le fabricant est en général le même que chez le revendeur, car le fabricant ne peut pas court-circuiter son revendeur… mais ça ne l’empêche pas de pratiquer des prix « festival » ou autres.
  • Le cas de l’importation est aussi à évoquer : le fabricant se trouve par exemple en Italie, une entreprise française lui fait faire des instruments qu’elle distribue via un réseau de revendeurs. L’importateur prend une marge sur le prix de fabrication, et le revendeur aussi. Pour être compétitif sur les prix, il faut diminuer au maximum la main d’oeuvre, la qualité des composants et faire de grosses séries.

Les remises ? Lorsqu’on peut vous faire une remise, un prix festival, c’est qu’il y a une marge et que cette marge est calculée pour le permettre. Les revendeurs, ou les fabricants qui ont des revendeurs, peuvent se permettre de faire cela pour vendre plus : de toutes façons la « marge » est calculée en tenant compte de cette éventualité. Où est le « vrai » prix de l’instrument ? Perdu dans les limbes des calculs de rotation des stocks et de marge bénéficiaire, sans doute… mais le prix de fabrication est certainement très inférieur au prix auquel l’instrument vous est proposé, et la qualité sera directement proportionnelle au prix de fabrication !

Quel est le « vrai » prix de l’instrument dans chacun des cas ?
Seul le prix de la fabrication reflète la qualité de l’instrument. Même si l’importateur ou le revendeur chouchoute l’accordéon, le stocke et vous permet de l’essayer, parfois le règle ou retouche l’accordage, le service que le revendeur vous offre a un coût et c’est normal. Mais les marges des intermédiaires augmentent le prix sans augmenter la qualité ! Gardez cela à l’esprit !
On peut sans trop se tromper estimer qu’un gros fabricant qui fait des séries d’instruments importantes produit des instruments moins chers que l’artisan qui fait un modèle unique pour un client exigeant. Acheter ses matières premières et fournitures en quantité permet de les payer moins cher, faire des séries de pièces ou d’opérations de montage permet de gagner du temps mais pas de faire du « sur mesure ».
Mais un petit artisan qui produit quelques séries d’instruments par an peut aussi être très compétitif et faire d’excellents accordéons avec les pièces de la meilleure qualité à un prix très raisonnable, et nettement moins cher qu’un instrument équivalent qui serait passé par deux intermédiaires. A prix égal, il est impossible d’avoir la même qualité de fabrication chez un intermédiaire que chez un petit fabricant. Mais en revanche, le service que fournit le revendeur est de stocker et de vous permettre d’essayer les instruments, et souvent d’en assurer le SAV.

Les petits artisans proposent une haute qualité de fabrication et les composants les meilleurs, mais en revanche il vous faudra souvent patienter : il y a généralement un délai d’attente pour faire ou terminer votre instrument. Achetez à un artisan dont vous pouvez visiter l’atelier, qui fabrique en petite série, sans revendeurs : vous aurez la meilleure qualité pour le budget dont vous disposez. Pour vous guider… vos oreilles et votre bon sens !

Bernard

Et une « promo exceptionnelle », un « déstockage », etc. ? Vu à St Chartier il y a quelques années, quasiment moitié prix sur un beau modèle « 3 rangs » proposé par son fabricant italien (« et à ce prix là, je m’tranche la gorge »). Là, on approche du « vrai » prix de l’instrument, et encore : d’une part la vente à perte est interdite, d’autre part si la « marge » ne le permet pas, l’entreprise disparaît.

Rappelez-vous : la qualité est directement proportionnelle au prix de fabrication (et non au prix de vente) !